15 pages / 2 illustrations noir & blanc / 20 x 17 cm

En 1884, Huysmans publiait « A rebours » : son huile essentielle de l’art., sa substance a la mélancolie saturnienne et à la fulgurance solaire : De toutes les formes de la littérature, celle du poème en prose était la préférée de des Esseintes, faisait-il dire à son alter ego… Bien souvent des Esseintes avait médité sur cet inquiétant problème, écrire un roman concentré en quelques phrases qui contiendraient le suc cohobé des centaines de pages…Alors les mots choisis seraient tellement imperméables qu’ils suppléeraient à tous les autres (4) Dans une préface qu’il écrira vingt ans après son roman, Huysmans conversera enfin « en direct » avec lui-même. Un texte long où le destin de son personnage ne transpire qu’allusivement. C’est lui : l’écrivain qui s’écrit entre passé et futur, au beau présent. Il cite ce commentaire (qu’il prend à juste titre pour éloge), prononcé par Barbey d’Aurevilly à la publication de son ouvrage : Après un tel livre, il ne reste plus à l’auteur qu’à choisir entre la bouche d’un pistolet ou les pieds de la croix. Il conclut (vingt ans plus tard) : C’est fait (Ibid page 26) Défiguré par l’orgueil, le rôle d’un roman annonçait un homme de chair transfiguré par la grâce. Huysmans avait besoin de ce livre à sa place comme un sanctuaire provisoire, refuge encore sans nuance mais creuset de son espérance, telle une arche immobile et tiède dérivant dans le déluge.

Mallarmé, magistralement lucide – qui en doute ? -, complice du héros littéraire en pouvoir d’incarnation, un an seulement après la parution du livre de Huysmans, publia sa « Prose pour des Esseintes » (5). Outre ce rendu d’initiés et le jeu des citations, coutumier au royaume intérimaire de l’art, on y voit combien les mots se placent enfin au cœur du vide, cette belle inanité, entre la sensation et la pensée, le paysage éprouvé et le rêve visionné, l’innocence prime et le savoir abouti, la naissance et la mort...

4 - J.K. Huysmans / A rebours, page 244, Fasquelle éditeurs 1974

5 - Editée dans La Revue Indépendante, janvier 1885

                                                                                                                                                                  (extrait)