135 pages / 20 x 13,5 cm

…Mon ventre est mou comme la poche à main des marionnettes qui ne grandissent pas. Pour flotter je le gonfle, pour parler je le creuse. Tranchez une tête, n’importe, et la mort pointe son index comme un crocus dans la neige, pour moi c’est affaire d’estomac. J’ai deux pinces crayeuses, dont l’une est sans doute le reflet de l’autre, que je lève à tour de rôle pour couper le vent. J’entends dire : Tiens voilà graine de poupart ou quenelle à soupe ou Caraface le bouffon ! J’embobine le fil de l’eau et je fais volte-fesse de mon mol trapèze de funambule. Qui sait autant que moi que le temps finira au point nul de l’axe désertique, que toute chose est double, que la symétrie règne avant, pendant et après la vie ? J’en suis l ‘objet absolu. Comme l’exige la loi de l’identité. Comme ce grumeau de nimbus attend l’ordre. Mais le Ciel ne livre pas les indices de sa gouverne. Sa balance s’équilibrera dans les délais du destin. J’attends le nuage qui attend le vent qui attend l’ombre qui attend. Et je trépigne autour de sa marge, du bord pelucheux de sa grande main. Je tiens le levier d’un déferlement par l’une des griffes de mes pattes sans savoir ou gratter et poser une pierre. Comment me rappeler mon apparition, combien d’éclipses, d’aveuglements s’enchaînèrent depuis ? Je me souviens seulement qu’il ne frissonna pas lorsque les eaux se retirèrent. Le désert rumina sa vieille stérilité tel qu’il est encore aujourd’hui plaine exsangue insensible. Alors je m’endors parfois pour retrouver le rêve d’un pays aux fleurs extravagantes et aux fruits parfumés. On y dit noche ou dia pou parler d’un seul plaisir. Son sens m’est interdit ou réservé pour un autre sommeil… 

 

                                                                                                                                                                  (extrait)