6 pages / 14 illustrations noir & blanc / 23 x 16 cm

Afin de ne pas avoir à choisir entre des mesures inégales, devoir leur attribuer une valeur, j’avais acquis un carré de sol et, dans le même temps, l’assurance d’un point de vue objectif. Il était bien situé entre ses angles droits et de bons côtés. Je dus pourtant me rendre à cette évidence : il ne présentait aucun signe distinctif qui me permit de préférer un accès plutôt qu’un autre. Sa conformité m’imposait le choix que je voulais éviter mais cette fois entre des égalités qui démultipliaient mes quelques scrupules initiaux. Et je finissais inévitablement par tourner autour, indécis sur l’orientation à prendre. Il me fallait un jalon, des chiffres ou encore des noms à placer sur ces côtés qui se devaient de naître au monde autrement que qualifiés par la géométrie. A ce stade, une précision sur mon intention s’impose : un carré n’ayant l’aire de rien si l’on n’en fait pas quelque chose, je devais m’employer à lui donner un sens. Du un au quatre, il est facile de repérer chaque côté. Mais la seule idée de recourir à un ordre par classement me fit y renoncer. Je dus m’en remettre à des lois éprouvées : orienter les axes médians selon les positions cardinales et individualiser de sorte quatre limites au carré. Ainsi me plaçai-je au centre afin d’observer les horizons. Or, depuis l’intérieur isolé du contour, je n’étais plus en mesure de m’assurer de la coïncidence du point cardinal visé avec le segment désigné. Je me mis donc en marche. Droit devant, j’étais assuré de croiser ce côté et pouvoir y placer le levant (car j’allais dans cette direction)… Je dus me rendre bien au delà. Les deux limites ne se recouvrant pas, j’espérais pour le moins obtenir une intersection entre ma trajectoire et le côté en question, quelque point E’ à même de me combler. Inexplicablement je me retrouvai à mon point de départ: le centre du carré, non sans avoir traversé par ailleurs un second côté; pareille expérience conduisant à penser que deux côtés opposés d’un carré peuvent prétendre à une même dénomination. Démonstration faite eu égard à mes hésitations, de l’identité nominale de deux choses doublement semblables et distinctes…                                                                                                                                                                                                                               (extrait)