12 pages / 1 illustration couleur, 14 illustrations noir & blanc / 26 x 20 cm

Côté rue, les filles sont en pantalon ou en collants de laine. Elle portent des bottes et des manteaux épais. Elles longent les murs en marchant vite et, tête baissée, serrent leur cartable d’écolière sur la poitrine. Côté cour, les pigeons sortent moins souvent des saillies du toit ou des greniers ouverts. S’ils volent jusqu’à la corniche d’en face, ils se pressent les uns les autres sur l’étroite bordure, presque immobiles. Toute l’année il y a des crottes de chiens sur les trottoirs et des hérissons écrasés sur les routes. Je les évite tous. Les excréments moulés parlent de la présence encore proche de l’animal, comme une partie de lui livrée à une usure naturelle et progressive. Et les dépouilles du bitume, dont l’apparence est intacte, prolongent un peu l’envie de la caresse et ‘évocation du petit et du chaud. Leur éclatement est la marque d’une vraie destruction… Chaque année a son jour de transition entre les derniers excès du froid et l’ouverture des cafés en terrasse. Il est ensoleillé, juste à la frontière des hésitations. Je jette des noyaux d’olives sur les pigeons agités et je deviens attentif à la légèreté des robes.Les fenêtres restent ouvertes plus longtemps.  L’appartement du dessous que je n’ai jamais pénétré, livre sa tiédeur à portée de courant d’air. Sur les toits, les plumes mêlées aux fientes s’accumulent alors que les chats retrouvent le goût de fuir. Bien d’autres lieux délaissent leur repli et cherchent le même air… 

                                                                                                                                                              (extrait)